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Éric Gauthier

Éric Gauthier

écrivain, conteur, créateur d'histoires étranges

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Le blues du poisson rouge

Trois jours depuis mes derniers écrits. J’ai été occupé.

C’est en pensant à Mercier qu’une autre révélation m’est venue. Je pensais qu’on tolérait les animaux pour trois raisons: pour les consommer, pour qu’ils nous tiennent compagnie, et parce qu’ils sont décoratifs. Mais y a pas juste ça: on les garde aussi près de nous pour nous rappeler qu’on est l’espèce dominante. On aime les contrôler, les dompter, les mettre à notre main. Ça nous change les idées de tout ce qu’on n’est pas capable de contrôler.

Pour Mercier, ça va: lui, il est consentant, il a choisi de se laisser contrôler, il a choisi cette vie-là parce qu’il n’aimait pas sa vie jusque là. Mais l’animal domestique moyen, né en captivité, n’a pas eu le choix et n’est rien d’autre qu’un esclave.

C’est pour ça que j’ai remis en liberté tous les animaux domestiques du quartier.

J’ai ouvert les portes grillagées, j’ai coupé les laisses, j’ai découpé dans les fenêtres des trous grosseur de chat. Je suis entré dans plusieurs maisons — par la ruse, par chance ou ben par effraction, dépendamment — et j’ai ouvert les cages et les terrariums. J’ai rien pu faire pour les poissons, et les pauvres avaient l’air de comprendre, qui me regardaient stoïquement avec leurs yeux globuleux.

Je m’y suis appliqué pendant trois jours. Je me sentais porté par un grand sentiment de bien-être, un high naturel, la satisfaction du devoir accompli. J’ai regardé les affiches d’animaux portés disparus recouvrir les poteaux et les lampadaires comme les bourgeons sur les branches au printemps:

« Avez-vous vu mon furet? »

« Recherchés: bouledogues français, paire. »

« Perdu: chat gris, 2 ans, répond au nom de Câlisse. »

« Aidez-moi à rentrer chez moi! Je suis un chiot noir aux pattes blanches… »

Ça m’amuse de voir celles-là, où c’est écrit à la première personne. Le propriétaire qui donne une voix à son animal, qui met des mots dans la gueule de l’animal comme s’il savait ce que la pauvre bête peut bien penser… L’hypocrisie, l’hypocrisie!

Mais le pire, c’est que ça valait pas la peine. De mes belles bêtes libres, il doit bien y en avoir la moitié qui sont bêtement retournées chez elles. D’autres se sont faites prendre rapidement, trop désemparées pour s’être sauvées très loin. Avec toutes les affiches, on va bien en capturer quelques-unes encore.

C’est beau de porter un message de libération, mais il faut que les esclaves soient prêts à le recevoir.

***

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Photos d'auteur par Jean-François Dupuis

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